Photographe de rue : Rodolphe Sebbah


Notre première "Interview du mois" est consacré à la découverte du photographe de rue, Rodolphe Sebbah. Peut-être bientôt sur un de vos t-shirt ?

Comment vous êtes vous mis à la photo ? Cela correspond-t-il à un moment particulier dans votre vie ?

Comme beaucoup de gens, tout simplement… Je me suis acheté un appareil il y a une dizaine d’années, sans but précis, et n’habitant ni à la campagne ni au bord de la mer mais à Paris je ne pouvais photographier ni des champs de blé ni des voiliers, je me suis donc mis à photographier ce qui m’entourait, c’est-à-dire des scènes de rue parisienne.

Quelle est la place de la photo dans votre vie ? Est-ce que vous sortez spécifiquement pour faire des photos ? Est ce que vous partez avec un objectif/une thématique en tête ou au contraire vous avez toujours votre APN « prêt à dégainer » et vous vous laissez porter ?

Aujourd’hui la photo prend toute la place, c’est devenu une passion. Mon appareil ne me quitte pas, c’est mon troisième œil. Je n’ai pas de thématique spéciale et ne m’impose jamais de sujets particuliers comme certains photographes qui travaillent sur des « séries ». Les sacro saintes « séries » si chères aux galeries et aux magazines photo… Je suis un promeneur dans la ville et je photographie le quotidien de ses habitants, presque leur intimité parfois.

Comment définiriez vous la photo de rue ? Qu’est ce que cela représente pour vous ?

A l’inverse du photo-journaliste qui témoigne des grands évènement de son époque en parcourant le monde, le photographe de rue est le témoin du quotidien, du banal, du fil des jours. C’est un reporter de paix qui photographie sa ville, son quartier, son trottoir.

Quelles sont vos références, vos maitres à penser et vos sources d’inspiration dans la profession ?

Les photographes qui ont eu la plus grande influence sur moi sont les street-photographes américains des années 40 à 70 : Robert Frank, Helen Levitt, Gary Winogrand, Saul Leïter, Gordon Parks… des gens simples et discrets qui ont arpenté les rues de leur ville pendant des années pour en capter l’âme sans chercher la gloire ou la notoriété et dont l'oeuvre est aujourd’hui reconnu dans le monde entier.

 Plus tard j’ai appris à aimer les francais Cartier-Bresson, Depardon, Willy Ronis ou René Maletête. Et depuis j’en ai découvert des tas d’autres naturellement : l’américain Mark Cohen, les anglais Matt Stuart, Tony Ray-Jones, Chris Steel-Perkins, Nick Hedges…

Vous avez un œil incroyable pour les détails qui rendent vos photos vivantes, humaines et drôles. Comment attrapez vous ces détails du quotidien et de la rue, l’instant décisif ?

 Derrière chaque objectif il y a un homme, avec ses expériences, sa personnalité, son humour, ses révoltes. Mettez dix photographes dans la même rue ils ramèneront dix photos différentes. Si on a un tant soit peu d’humour notre regard capte des scènes amusantes ou cocasses, des superpositions improbables. D’’autres ne verront rien du tout. Je ne sais plus quel photographe a dit «  Je vois toujours la fêlure sur la vitre avant de voir la fenêtre ». Ca me correspond tout à fait.

La photographie de rue est très à la mode avec le développement du numérique et les photos qui foisonnent sur le net. Un conseil à donner à un amateur du dimanche  qui a envie de s’essayer ou de se perfectionner dans le domaine?

 Qu’il se fasse plaisir. C’est ce qu’il ressent quand il fait une photo qui doit le remplir, pas ce qu’en penseront les autres. Si il prend son pied à photographier les pigeons Place Saint-Sulpice, ce n’est pas à moi de l’en décourager.

Comment choisissez vous les lieux, les arrondissements que vous photographiez ?

 Je ne choisis rien. Je me promène c’est tout. Parfois j’ai envie de quartiers populaires, parfois de voir la Seine et ses bouquinistes, parfois de me mêler aux touristes. Quand il pleut ou qu’il fait froid je rentre m’abriter dans le métro. Mais rien n’est décidé à l’avance.

Vos photos sont très parisiennes. Pourquoi ? Prenez votre APN en vacances ? Des envies d’autres villes ou d’autres environnements à visiter et à shooter ?

 Elles sont parisiennes parce que je suis parisien tout simplement. Je prends évidemment des photos ailleurs mais je suis à Paris 330 jours par an alors forcément … Si j’avais les moyens et du temps j’aimerais passer du temps à New-York ou à Londres et y faire la même chose qu’à Paris.

Comment vit-on de la photo de rue ? Qui sont vos clients, où et à qui vendez vous ?

 On en vit mal. Le photographe de rue qui vous dira qu’il vit de la vente de ses photos est un menteur. J’en vends à des amateurs via mon site ou via les réseaux sociaux. Une galerie m’organise régulièrement des expositions et un éditeur de cartes postales, les Editions ZAZOUS, a intégré plusieurs de mes photos dans ses collections.

Comment intègre-t-on un réseau, noue-t-on des contacts ?

Comme dans n’importe quel autre profession ou groupe de passionnés. Sur des forums, sur Facebook, Tweeter, Instagram, dans des salons ou des foires. Par des rencontres, des amis communs etc … rien de particulier à la photographie spécialement.

Les difficultés rencontrées dans votre carrière/parcours ?

La plus grande difficulté à vivre est le décalage énorme entre le succès rencontré auprès du public, l’accueil enthousiaste des gens sur les salons, les mails que l’on reçoit de parfaits inconnus… et l’intérêt quasi inexistant des « professionnels » pour notre travail. Toutes proportions gardées, c’est comme ces acteurs qui remplissent les salles mais ne décrochent jamais de César.

 En France on adore « découvrir » un photographe quand il a quatre-vingt-dix ans ou qu’il est mort. Et encore je n’ai pas à me plaindre personnellement. J’ai des articles de presse, j’ai gagné un concours, j’ai été exposé au Salon de la Photo et au Japon etc …

Avez-vous rencontré de problèmes avec le droit à l’image des gens que vous photographiez ? (des altercations ou de jolies rencontres ?)

J’en rencontre tous les jours : des gens méfiants, agressifs, insultants. Mais je m’en moque. On ne peut témoigner de l’âme d’une ville qu’en en photographiant ses habitants. Et ça ne se fait pas en les faisant poser ou en leur demandant de signer une autorisation en deux exemplaires.

Des conseils pour les graines de photographes qui ont envie de se lancer et d’en vivre, un message à faire passer ?

Trouvez-vous un job alimentaire à côté. Ne demandez aucune autorisation à personne. Ne vous interdisez aucun sujet.

Une actualité sur votre travail, des projets ? Où peut-on vous retrouver ?

 Je suis en contact assez avancé avec une maison d’édition parisienne qui souhaite faire un livre sur mon travail dans la rue. On a déjà eu deux rendez-vous. Mais tant que rien n’est signé je préfère rester discret et modeste.

 

Merci à Rodolphe Sebbah pour cette belle rencontre. Allez déambuler dans sa galerie.

 


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