Photographe du mois : Marine Foissey


Nous avons eu l'opportunité ce mois ci d'interviewer une jeune photographe aux parcours variés, Marine FOISSEY. 
Entre photo et art vidéo découvrez une photographe engagée.
Comment vous êtes vous mis à la photo ? Quel est votre parcours ?

 J’ai eu la chance d’avoir beaucoup voyagé dans mon enfance et d’avoir eu l’occasion d’apprendre à regarder grâce à mes parents. Au lycée, j’ai passé un bac option Arts Plastiques qui m’a fait découvrir plusieurs médiums et moyens d’expressions dont la photographie. Puis j’ai tenté l’université en archéologie, j’ai tenu 3 semaines ! Je me suis donc renseignée sur des écoles d’art et en réalité, j’ai un peu choisi… au hasard. J’ai passé le concours d’entrée de l’école Icart Photo, et j’ai été retenue. Cela n’a pas été de tout repos, j’ai dû apprendre à gérer certaines peurs et à me libérer. Je me suis sentie plus à l’aise au fil des années. Et les choses se sont enchaînées. J’ai rencontré des personnes formidables, dans les concours, les festivals et les expositions. Il y a eu des moments superbes et d’autres plus difficiles mais cela en vaut la peine.

grenouille

Vous définissez-vous comme une artiste photographe ou vidéo ? Cette dernière semble également avoir une place importante dans votre travail.

 Au début, seule la photographie existait à mes yeux. Les cours sur l’art vidéo étaient restés très théoriques ; je n’avais pas « tenté » la vidéo en pratique. Au fur et à mesure, j’ai eu envie d’un petit plus qui me manquait en photographie : le mouvement et le son. J’ai commencé, dans une exposition, à travailler sur la scénographie. Je voulais, j’espérais que le spectateur soit pris par d’autres sens que celui du seul regard. J’ai intégré des objets – ceux-là mêmes figurés dans les photos - une bande son que j’avais créé et une installation de ventilateurs : ça a été le déclencheur. La vidéo est alors devenue un besoin. C’était à Nice en 2014 pendant le Festival du Sept Off à la galerie Univers Photo.

Un monde magique s’ouvrait devant moi. J’ai su qu’il m’était possible de créer une émotion en quelques secondes, grâce à une note de musique, un bruit, une variation le tout sur une image photographique en mouvement. J’ai trouvé cela formidable. Un nouveau langage qui me parlait totalement.

La photographie et la vidéo sont intrinsèquement liées ; il y a des moments où les deux sont nécessaires et d’autres où l’un prend le dessus. Il n’y a ni règle ni case.

Quelles sont vos références, vos maîtres à penser et vos sources d’inspiration dans la profession ? La poésie semble également avoir une place importante.

Une idée peut me venir après une conversation, une phrase entendue dans la rue, un reportage à la télévision, une publicité, un paysage. Tout peut être sujet à idée dans le quotidien. Tout peut être objet à photographie. J’ai des goûts hétéroclites : du dépouillement des natures mortes espagnoles du XVIIe à la pureté du marbre d’une sculpture, aux silences de Hopper. Aux sous-entendus hitchcockiens, au temps perdu d’une phrase de Proust, au temps suspendu avec Bill Viola, à la bouteille en verre de Coca-Cola.

Il est vrai que je recherche une certaine poésie, autant dans mon travail que dans la vie. J’aime l’idée qu’une image a besoin de mot ou d’éléments extérieurs qui poussent le regardeur à ressentir intellectuellement et physiquement ce qu’il voit. Je m’oppose à l’idée qu’une image se suffise à elle-même. Ce qui explique la nécessité pour moi de donner des titres à chacune de mes images. Nous avons besoin de mots. Ils sont des transmetteurs de sensations poétiques.

cigarette

Vos différentes séries sont souvent très sombres et engagées. Quel est le message qui vous tient à cœur ? Peut-on parler de photo écolo ? Doit-on voir une ligne directrice entre toutes ?

J’ai toujours eu une grande sensibilité envers les animaux, en particulier la notion de souffrance animale et l’environnement. Un soir, je suis tombée par hasard sur le documentaire « Vu du ciel » de Yann Arthus-Bertrand. On y voyait des corps d’albatros en décomposition, le ventre rempli de morceaux de plastiques. Déclic. Je me suis mise à faire des recherches sur l’environnement, la pollution, la junk food, la condition animale, la surconsommation. Cela m’a tellement heurtée que j’ai eu envie de crier ma colère en photographie et faire passer des messages. Si l’on parvient à faire ressentir la douleur, l’absurde à celui qui regarde une photo, c’est alors l’occasion de lui faire ressentir de l’empathie. Cette compassion peut être le révélateur d’une compréhension : Elle peut amener à une réflexion propre, à une interrogation sur son mode d’alimentation, ce qu’il y a dans son assiette, ce lien perdu avec les animaux et la nature. J’ai voulu renouer le lien. La composition en studio m’a permis de proposer un autre regard par rapport aux documentaires que l’on voit généralement sur ce sujet. Pour recomposer, poétiser une vision de la souffrance animale, apprivoiser l’écœurement. Susciter l’interrogation, poser un regard distancié dessus.

Ce travail m’a permis d’entrer en contact avec beaucoup de corps de métier dans l’alimentation et tous étaient formels : quand les gens mangent un animal ils doivent oublier d’où cela vient. C’est de la « viande ». Il est vrai qu’il n’y a pas fondamentalement d’automatisme à imaginer une vache quand on mange un hamburger.

J’ai observé différentes réactions lors d’expositions. Pour la série Impressions, les spectateurs étaient tout simplement écœurés, alors que ce qu’ils voyaient avait été acheté dans les boucheries, poissonneries, au supermarché, bref tout ce qu’il y a habituellement dans nos assiettes mais montré différemment. Et pour d’autres, ça a été un choc positif, c’est ce qui m’intéresse.

Je pense que l’éducation à un rôle fondamentale et l’art peut y contribuer ; alors si je peux, ne serait-ce qu’aider à hauteur d’une goutte d’eau dans ces domaines là, je continuerai encore et encore.

L’eau et les animaux marins sont très présents dans vos travaux. Y-a-t ‘il une raison particulière ?

J’ai un lien particulier avec l’eau. Cet élément me passionne autant qu’il me subjugue. L’eau peut être à la fois sublime et effrayante, d’une clarté pure comme d’une profondeur sombre, c’est un dualisme que je trouve très intéressant, graphique et photogénique à la fois. La mer est une source incroyable de vie et de beauté, les animaux marins sont des sculptures aquatiques doués d’une mobilité chorégraphique, leurs formes, leurs nageoires, leurs écailles qui capturent la lumière…C’est d’ailleurs ce qui a guidé ma série Après moi le déluge.

Dans la série Les Marines, l’utilisation du nu s’est imposée, non pas par exhibitionnisme mais pour être plus proche de l’animal. Respecter le monde marin passe par l’acceptation du contact et de l’effleurement. Se mettre à nu face à un problème qui nous concerne tous. J’ai souhaité unir deux corps, deux mondes, la chair et l’écaille, l’Homme et la mer.

Ou tout simplement parce que je m’appelle Marine ?

Avez-vous une photo préférée ? Une anecdote sur l’une d’elles ? Ou une série qui vous tient plus à cœur ?

C’est un peu comme si vous me demandiez lequel de mes enfants je préfère. C’est un tout, une multitude de petites parcelles de moi-même, qui finalement, l’une sans l’autre, n’existent pas vraiment. Une série en a créée une autre.

Peut être la seule différence est avec la série Deadline, où pour une fois, je ne défendais pas l’autre mais moi-même. C’est une série plus intimiste, qui a servi de thérapie et m’a beaucoup aidée. Le fait de retranscrire une douleur personnelle en images, c’est se dévoiler sans trop montrer. J’ai travaillé sur la notion de solitude et sur une vision de la mort. Et c’est drôle car la notion de solitude, je l’ai souvent éprouvée en shooting. Je travaille généralement seule, et je me suis retrouvée très souvent dans des situations comiques.

Des grands moments de solitude avec une rame entière pour témoin, le jour où j’ai transporté dans le métro une énorme tête de saumon (la rame entière m’a haïe) ou cette fois, sans témoin, une tête de quatre kilos de thon qui s’est écroulé sur moi suite à une suspension douteuse pour une photo…

Le moment où pour réaliser des autoportraits assez complexes à faire seule, tout est en place, je suis en position pour me prendre en photo (souvent dans des positions légèrement inconfortables), et…je vois la télécommande pour déclencher à l’autre bout de la pièce..

Une actualité sur votre travail, des projets ? Où peut-on vous retrouver ?

J’ai travaillé dernièrement à la réalisation d’une série de natures mortes Le monde est bleu comme une orange pour le nouveau musée de Mayotte, le MUMA.

 

Vous pouvez retrouver la totalité de son travail et actualité sur son site : www.marinefoissey.com.

 Retrouvez le t-shirt original de Marine Foissey.

 


4 commentaires


  • Naudin

    Une mise en relation remarquable de l’homme et de l’animal qui devrait séduire les deux défenseurs de la condition animale : F Olivier GISBERT et Aymeric CARON.


  • HERITIER Cécile

    J’apprécie votre travail. Votre manière de mettre en scène et de voir les “choses” résonne fortement. Vous ne choisissez pas : l’image fixe, l’image animée, le son. Vous les combinez, et vous avez raison, il n’y a pas de choix à faire. Merci pour votre sincérité.


  • NIcolas

    *qui sait


  • NIcolas

    Travail sublime et artiste intelligente qui s’est nous intéresser à son travail, sa vision, son œuvre. Très belle interview. Bravo. On attend la prochaine expo !


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