Photographe du mois : Rachel Scharly


Rachel Scharly artiste TshArt

Rachel Scharly est une artiste photographe Française qui vit à New-York. Découvrez son univers où se mêlent urbanisme et sociologie. 

Comment vous êtes-vous mis à la photo ? Cela correspond-il à un moment particulier de votre vie ?

La photographie fait partie intégrante de mon travail de sociologue, puisque à la base je suis sociologue urbaine. J’ai toujours été intéressée par la sociologie visuelle et de fait, la photographie était initialement pour moi tant un outil de restitution de résultats, en plus de mes écrits, qu’un support d’analyse sociale. Il y a un ouvrage de Sylvain Maresca qui s’intitule «  La Photographie : un miroir des sciences sociales », je trouve que son titre résume bien les choses.

Puis, petit à petit, je me suis lancée dans une démarche plus artistique que pragmatique. Sans doute parce que j’ai toujours été fascinée par la photographie artistique et sans doute aussi parce que j’ai éprouvé un vrai besoin de dire des choses, et d’en dénoncer d’autres. C’est venu tout naturellement quand je me suis expatriée à New York, il y a plus de 5 ans. New York c’est un peu la ville des possibles. Souvent je me dis que si j’étais restée à Paris, je n’aurais jamais osé me lancer dans la photographie.

Rachel Scharly artiste TshArt

Avez-vous des références, maîtres à penser et sources d’inspiration dans la profession (ou ailleurs) ?

J’aime beaucoup le travail d’Irving Penn, de Nan Goldin ou encore de Brassai. J’ai un vrai intérêt pour celui de Vivian Maier et je suis sidérée par son histoire. L’histoire des gens, artistes ou pas, a une grande importance pour moi. Je suis « curieuse des gens ».

Mais ma référence, mon maître à penser reste Robert Mapplethorpe. J’ai une vraie admiration et une vraie fascination pour l’homme, son histoire, sa vie, son art, son rapport à la photographie. J’aime profondément cet artiste, son travail me bouleverse. Souvent, j’essaie d’emboîter ses pas dans les rues de New York et je me demande toujours où est-ce qu’il aurait porté son regard.

Il y a un autre artiste qui m’accompagne lors de mes déambulations photographiques, c’est Grand Corps Malade. Sa musique rythme souvent mes pas sur le bitume. Je retrouve dans ses textes, dans ses mots, mon amour pour la ville. J’adore vraiment cet artiste tout autant que son humilité.

Rachel Scharly artiste TshArt

Comment définiriez-vous votre travail, d’où vient cette idée d’introduire des mots ?

Je dirais que mon travail est de la recherche urbaine traduite en image. Puis segmentée en série, chaque série représentant un sujet d’étude.

Par exemple, « Industrial Heritage » est une série que j’ai réalisée à Brooklyn. Elle parle de la transformation urbaine et de comment les édifices industriels de Brooklyn, abandonnés durant des décennies renaissent aujourd’hui, laissant une part belle à la gentrification avec les effets pervers que cela sous-entend pour les populations les plus fragiles.

Dans cette série, j’amène avec moi ceux qui veulent prendre part à une déambulation urbaine assez trash, au milieu de bâtiments dévastés et des vitres brisées. De cette exploration urbaine, je garde à l’esprit les employés de ces usines désaffectées qui y ont sûrement laissé leur âme.

Je travaille essentiellement en noir et blanc parce que je trouve que ça apporte une dimension tant intemporelle que mystérieuse aux photos. Mais la photographie ne me suffisait pas, il me manquait quelque chose, j’avais l’impression que le travail n’était pas terminé et comme je suis fascinée par la calligraphie, le graffiti et le Street Art en général, je m’en suis inspirée et je me suis crée ma propre calligraphie. Et comme aussi, je fais partie de ces gens qui laissent des petits mots un peu partout, je me suis dit que je pouvais aussi en laisser sur mes photographies. Ils traduisent tant un message que je veux faire passer qu’un état d’esprit au moment où j’ai pris la photo.

Quand je regarde une image, je me demande toujours ce que le photographe ressentait, au sens propre comme au sens figuré, quand il a capturé son image. Mes mots en disent un peu sur ce perpétuel questionnement qui est le mien.

Rachel Scharly artiste TshArt

Qu’est-ce qui vous inspire dans vos photos ?

En premier lieu la ville, bien évidemment, elle est mon champ de recherche, mon champ d’action et mon terrain de jeu. Je la regarde sous différents angles selon le sujet que j’étudie et je pense que je peux la photographier à l’infini tant elle est mouvante.

Ce qui m’inspire par ailleurs, ce sont les âmes. Dans mes photographies urbaines, on peut se dire qu’il n’y a personne sur l’ensemble de mes clichés, mais pour voir les âmes, il ne suffit pas de regarder avec ses yeux, il faut aussi regarder avec son cœur.

Rachel Scharly artiste TshArt

Vos photos sont essentiellement prises à New York, est-ce que vous pourriez faire la même chose ailleurs ? Est-ce que l’approche serait la même.

C’est vrai que je photographie essentiellement New York parce que j’y vis et que c’est donc mon quotidien. D’Harlem, où j’habite à Brooklyn, où j’ai longtemps travaillé, du Bronx ( qui fascine mon fils) à Queens, il faut quand même admettre que le terrain de jeu reste gigantesque. D’autant que New York est une ville en perpétuelle transformation , j’ai donc énormément de choses à observer, à analyser et à photographier.

Je pourrais photographier d’autres villes, la démarche resterait absolument la même parce que c’est ma manière de voir les choses, parce que cette démarche est un petit bout de moi, et qu’elle est en conséquences, ma marque de fabrique.

Rachel Scharly artiste TshArt

Une actualité sur votre travail, des projets, une envie

 Pour ce qui est de l’envie, je brûle d’aller à Detroit. L’histoire de cette ville me fascine et j’aimerais vraiment y faire une série photographique, et je sais d’ores et déjà ce que je recherche. J’aimerais y aller en plein cœur de l’hiver, j’imagine qu’elle a un aspect encore plus froid, figé et délaissé.

J’ai une autre envie, c’est d’exposer chez moi, c’est-à-dire en Provence. J’ai très envie d’apporter un peu de mon travail et un peu de New York dans ma chère région et si possible, dans mon fabuleux village qui s’appelle La Roque d’Anthéron. Si je suis une femme de la ville, je suis une enfant de la campagne, je ne l’oublie jamais et j’en suis très fière !

Pour ce qui est des projets, j’en ai 2 en cours. Le premier se passe à Harlem, et traite du sujet de la gentrification. Cette série, ma troisième, contrairement aux précédentes est photographiée en intérieur.

Idem pour ma quatrième série en cours, celle-ci se passe dans le Bronx et traite d’un sujet très dramatique : les « illégaux». Et sous l’administration de l’actuel président des Etats-Unis, je peux vous assurer que c’est un sujet très sensible et douloureux qui renvoie à une véritable détresse humaine.

A laquelle on ne peut que dire #resist

 

Pour en découvrir un peu plus sur Rachel Scharly et suivre son actualité visitez sa galerie.


2 commentaires


  • François Le Helloco Boulenger

    Le travail de Rachel me touche particulièrement, fusionnant images en noir et blanc et mots d’une poésie rare qui semblent habiter ces lieux souvent dévastés, toujours empreints d’une émotion vive.
    Assurément le début d’une longue carrière de photographe internationale !!


  • Pizzo-Scotto Isabelle

    Poser ses yeux et se laisser emporter dans ce sublime voyage… Plus que des mots sur des photos, c’est un morceau d’âme qui traverse et nous distille son émoi. Je suis fan!


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